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ANTONIO MORETTI : POUR LE VIN ITALIEN, L'UNION FAIT LA FORCE
Rome (Ign) - Antonio Moretti, d'AOC arétine et viticulteur par passion, est le propriétaire de la très célèbre Tenuta Setteponti. Grand homme d'affaires, mais également passionné de bon vin, il a aidé une entreprise familiale à devenir producteur de l'un des meilleurs vins au monde : l'Oreno. Son secret ? La qualité.
Votre histoire d'entrepreneur est unique : vous avez démarré une activité lucrative dans le secteur de la mode, et c'est seulement en 1996 que vous avez décidé de poursuivre votre passion pour le vin. Pour quelles raisons ?
Ma passion pour le vin fait depuis toujours partie de ma vie car c'est avant tout une tradition familiale : mon père est, lui aussi, viticulteur et ma famille a commencé à cultiver des vignes en 1957 dans sa propriété toscane, dans la région de Colli Aretini. Mais j'ai dû attendre quelque temps avant de pouvoir suivre ses traces car on dit que la viticulture est une production qui exige des années de patience avant de donner des résultats. C'est seulement en 1996 que j'ai commencé à mettre en bouteilles, et c'est ainsi que sont nés en 1998 le Crognolo et en 1999 l'Oreno, deux créations qui sont devenues en quelques années le symbole de la grande vocation œnologique de la région arétine et toscane en général. Les cépages plantés vont du classique Sangiovese, au Merlot, au Cabernet Sauvignon en passant par l'Alicante et le Petit Verdot.
La tradition vinicole toscane est célèbre dans le monde entier et ses caractéristiques sont anciennes. Quelles sont les innovations les plus importantes que vous avez apportées ?
La principale innovation est l'utilisation des barriques françaises de 225 hectolitres : on conservait auparavant le vin dans des cuves en acier et alliages divers, mais nous utilisons désormais ces petits tonneaux qui garantissent un vieillissement parfait et procurent toute sa saveur au vin. La différence est tellement grande !
Votre vin, l'Oreno, a été nommé meilleur vin d'Italie par la revue qui fait autorité Wine Spectator. Pouvez-vous nous parler de ce produit ?
L'Oreno est un vin dont nous parvenons à produire 40 000 bouteilles par an environ : il est charpenté et a beaucoup de corps. Il se compose de 50 % de cépage Sangiovese et de 50 % de Cabernet Merlot. Son processus de vinification comprend une macération et une fermentation distinctes : 20 jours pour le Sangiovese et 25 jours pour le Cabernet Sauvignon, alors que la maturation nécessite 18 mois. Aujourd'hui, nous exportons 80 % de notre production, les principaux marchés étant l'Amérique, l'Europe et le Japon. Cependant, nous comptons à court terme nous développer davantage.
Feudo Maccari, votre vignoble sicilien, est le fruit d'un regroupement de terres qui étaient auparavant morcelées en 50 propriétés. Racontez-nous pourquoi vous avez choisi cette région ?
Je l'ai choisie car pour moi, c'est là où l'on produit le meilleur Nero d'Avola au monde : le Nord-Est de la Sicile est parcouru de terrains calcaires et blancs, parfaits pour ce type de vin. De plus, le Nero d'Avola est une ancienne tradition sicilienne : il a régné en maître dans les exportations de vin au détail depuis la Sicile tout au long du dix-neuvième siècle grâce à son degré d'alcool élevé, obtenu sans difficulté, qui lui confère une propriété de conservation optimale lui permettant de supporter le voyage, même avec des moyens de transport rudimentaires. De nos jours, c'est un rouge élégant, bien structuré, complexe, fin, rond et tout à fait capable d'affronter un vieillissement sur le long terme. C'est sans aucun doute la découverte oenologique la plus intéressante et elle a contribué plus que n'importe quel autre raisin à relancer les grands rouges du Sud de l'Italie, grâce aussi au travail du raisin avec le système traditionnel en gobelet.
Votre secteur se caractérise par une multitude de petites et moyennes exploitations qui produisent à leur compte et vendent un produit de qualité supérieure, mais en petites quantités. Que faudrait-il faire au niveau du système pour améliorer les facteurs de production ?
Il faudrait miser sur des coopératives, sans aucun doute. Avec 3 entreprises, nous pouvons nous permettre d'avoir toute une série de départements structurés comme le marketing et l'étranger que les petits viticulteurs ne parviennent pas à développer. L'unique solution consiste à unir nos forces pour réduire les coûts et améliorer notre communication vers l'extérieur. Sinon, il est difficile d'augmenter notre chiffre d'affaires, même au-delà des limites régionales, sans parler de l'internationalisation... Le problème, c'est que nombre de mes collègues sont autarciques et tiennent bien trop à leur indépendance.
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