|
 |
Home > FRANCE > Coup de projecteur

ALBERTO TASCA D'ALMERITA: LES RÉGIONS VITICOLES ITALIENNES DOIVENT FAIRE PARTIE INTÉGRANTE DU SYSTÈME

Rome (Ign) - Tradition et innovation. Ce sont les mots d'ordre de l'entreprise agricole des Comtes Tasca D'Almerita, qui, depuis sept générations, produit en Sicile un vin de grande qualité connu dans le monde entier. La famille Tasca d'Almerita a été la première à croire en la dignité et la compétitivité du cépage local, le Nero d'Avola. Au domaine de Regaleali, une oasis naturelle à la frontière entre les régions de Palerme et de Caltanissetta, les tests sont effectués sur plus de 40 variétés de cépages, provenant du monde entier et plus particulièrement sur des cépages grecs, français et espagnols. C'est à Alberto Tasca d'Almerita que l'on doit la création d'un véritable système de commercialisation qui lui permet d'être présent directement sur les zones les plus stratégiques. Giuseppe Tasca d'Almerita s'occupe de la production et a mis en place un système respectueux de l'environnement, qui lui permet de trouver l'équilibre idéal entre ce que la nature offre et le travail de l'homme. C'est pour cette raison que sa stratégie a consisté à miser sur les crus locaux, et avec le temps, à les mettre au goût du jour pour satisfaire les nouvelles exigences des consommateurs.
Votre entreprise a été fondée en 1830 et votre famille est depuis sept générations dans le secteur du vin. Aujourd'hui que reste-t-il des anciennes techniques de production?
Ce qui est certain c'est que nous avons gardé la même philosophie même si les techniques ont évidemment évolué: nous avons atteint un très haut niveau technologique, qui nous permet d'avoir un chiffre d'affaires de 15 millions d'euros et de produire 3 millions de bouteilles à l'année. En revanche, l'entreprise a gardé son âme. Le domaine Tasca d'Almerita a remporté l'Oscar du vin 2004 remis par l'Association Italienne des Sommeliers. De quel produit êtes-vous le plus fier°?
C'est impossible à dire, il y en a tant°: aujourd'hui l'entreprise produit quinze variétés différentes de vin, chacune a un marché et des missions propres. Le vin rouge Rosso del Conte est l'un des vins siciliens les plus appréciés pour ses virtus organoleptiques ; nous vendons plus de 1 200 000 bouteilles du vin blanc Regaleali bianco par an dans 60 pays et ce grâce à son excellent rapport qualité/prix. Aujourd'hui nous réussissons à approvisionner de nombreux marchés internationaux (nous exportons 40°% de notre production), dont l'Allemagne, les États-Unis, la Suisse et les Pays-Bas, justement grâce à notre assortiment.
Le secteur vitivinicole italien se caractérise par un très grand nombre de petites et moyennes entreprises qui produisent pour leur propre compte et vendent un produit de très grande qualité mais en faibles quantités. Que faire pour améliorer les facteurs de production?
L'union fait certainement la force et le choix de s'associer est donc la voie à suivre. Mais les régions viticoles italiennes doivent s'organiser et faire partie intégrante du système économique: aujourd'hui, nous n'avons pas la possibilité de concevoir des stratégies d'entreprise bien définies, parce qu'il nous manque la possibilité de nous projeter dans le temps et la capacité d'étudier le marché et la demande. Il faut se préparer à relever le défi des grands volumes, en proposant des projets de marketing adaptés au marché. Aujourd'hui, trop d'entreprises vont de l'avant au hasard, sans suivre un projet bien défini et en se fiant à l'esprit d'entreprise, qui est très important mais ne peut pas suffire.
La vitiviniculture italienne, au deuxième rang de la production mondiale après la France, risque de perdre son leadership au profit de l'Espagne qui a accompli d'importants progrès. Que pensez-vous que le secteur vitivinicole doive mettre en place pour pouvoir enrayer ce phénomène?
C'est également une question de programmation. Les entreprises italiennes sont trop isolées et repliées sur elles-mêmes, mais elles ne savent pas toujours anticiper. Et puis notre secteur n'est constitué que de quelques grandes entreprises à l'avant-garde et de très nombreuses petites entités qui ont des cépages obsolètes qu'elles ne peuvent pas moderniser. En effet, la question financière tient également une place importante°: pour renouveler un vignoble, il faut rester quatre ans sans produire, et il est évident que cela peut poser des difficultés à l'entrepreneur. Aujourd'hui, l'Union européenne donne des aides à fonds perdus pour la requalification, mais nombreuses sont les entreprises qui en bénéficient pour produire du raisin à distiller et non pour la production de vin. Ce qui signifie que de nombreuses ressources sont gaspillées, et c'est vraiment dommage car notre matière première compte parmi les meilleures au monde.
|
|
|