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LES CHAUSSURES LINEA MARCHE, UN MADE IN ITALY NOVATEUR QUI RESPECTE LâIDENTITE

FondĂ© en 1972, le fabricant italien de chaussures Linea Marche est prĂ©sent dans le monde entier avec ses deux marques, Vic MatiĂ© e O.X.S. Ce sont au total plus de 1 000 points de vente, entre boutiques multimarques et grands magasins de niveau moyen/haut, sans oublier les cinq flagship stores propriĂ©taires. Lâentreprise, dont le siĂšge est Ă Piticchio di Arcevia (province dâAncona), a rĂ©alisĂ© lâannĂ©e derniĂšre un chiffre dâaffaires de 42,5 millions dâeuros. La moitiĂ© de cette somme provient de lâexportation, principalement sur le marchĂ© europĂ©en qui reprĂ©sente 40 % du chiffre dâaffaires global. Outre lâEurope de lâouest, les principaux marchĂ©s de dĂ©bouchĂ© sont la Russie, suivie par le Japon, le Moyen Orient et mĂȘme, dans une moindre mesure, les Etats-Unis. Les deux marques, Vic MatiĂ© et O.X.S., sont distribuĂ©es par environ mille dĂ©taillants (dont la moitiĂ© hors dâItalie) dans le monde entier. Demandons maintenant au prĂ©sident, M. Renato Curzi, de nous raconter lâhistoire de sa sociĂ©tĂ©, en commençant par les stratĂ©gies de distribution.
Monsieur Curzi, nâest-ce pas plus difficile de sâimposer sur le marchĂ© sans points de vente monomarques pour vĂ©hiculer lâimage de la marque ?
Nous sommes conscients de la nĂ©cessitĂ© de points de vente dĂ©diĂ©s Ă la marque dans les centres nĂ©vralgiques du shopping mondial, pour montrer que nous sommes lĂ . Câest pour cela que nous avons ouvert des flagship stores Ă Rome, Milan, Catane et DĂŒsseldorf. Ces points de vente sont trĂšs importants car ils servent Ă signaler notre prĂ©sence dans le monde. Cette annĂ©e, nous allons ouvrir un « shop in the shop » de notre marque Vic MatiĂ© dans les Galeries Lafayette de Paris. En plus des magasins, nous avons Ă©galement des show-rooms fixes en Espagne, France, Russie, GrĂšce, et des show-rooms itinĂ©rants entre lâAllemagne, la Belgique et la Suisse. Ils complĂštent notre rĂ©seau de vente âagents et dĂ©taillants exclusifsâ, qui sâappuient sur les show-rooms des entreprises de Milan et de Rome, ou qui travaillent Ă leur compte, comme dans le cas du reprĂ©sentant au Royaume-Uni. Mais pour les grandes quantitĂ©s nous nâavons pas besoin de distributeur. Nos mille clients actuels sont des multimarques que nous fournissons deux Ă quatre fois par an. Pour eux, nous sommes en mesure de proposer des collections jusquâĂ deux fois dans la mĂȘme saison, en fournissant non seulement les chaussures, mais aussi les accessoires, qui ont encore peu de poids sur les volumes de vente, mais qui servent Ă vĂ©hiculer la marque et son image.
Quelle est lâimportance de la position de votre modĂšle dâaffaire ?
Son rĂŽle est fondamental, il nây a aucun doute lĂ -dessus. Mais ce nâest pas suffisant, car il faut surtout ĂȘtre capable de rompre la continuitĂ©. La logique des deux collections printemps/Ă©tĂ© et automne/hiver est aujourdâhui obsolĂšte par rapport Ă lâĂ©volution du consommateur, qui avance dĂ©sormais hors des rĂšgles. Seul celui qui sait rompre la continuitĂ© avec le passĂ© peut survivre sur ce marchĂ©. Sinon câest la mort, sans autre alternative.
StratĂ©gies dâachat qui Ă©voluent, consommation Ă lâindex Ă cause de la crise mondiale. Est-il difficile de rester compĂ©titif dans une situation comme celle-ci ?
Nous vivons une pĂ©riode de manque de confiance envers lâavenir, les dynamiques et les systĂšmes actuels. Personnellement, je mây attendais. Et je ne dis pas ça par goĂ»t du paradoxe. Selon moi, nous avons Ă portĂ©e de main une extraordinaire opportunitĂ© pour le Made in Italy. A condition toutefois dâĂȘtre conscients du changement.
Quel type de changement entrevoyez-vous ?
La chute de la consommation sera accompagnĂ©e dâun repositionnement. On dĂ©pensera moins, mais en privilĂ©giant la qualitĂ©. Les achats se feront donc plus rares, mais seront bien plus gratifiants. Et Ă ce niveau-lĂ je fais confiance au Made in Italy : grĂące Ă ses ingrĂ©dients fondamentaux, câest-Ă -dire la recherche, style, lâinnovation et la contemporanĂ©itĂ©, les produits italiens sont en ligne avec notre Ă©poque. En revanche, une marque italienne nâest rien sans une identitĂ©.
Et qui choisit cette identité au sein de votre entreprise ?
Ma fille, Silvia Curzi, qui en est le chef de marque. Elle est responsable de la marque de lâentreprise et elle dĂ©finit son identitĂ©. Plus prĂ©cisĂ©ment, nos marques se positionnent parmi les griffes : cela nous permet de proposer au consommateur un prix que nous jugeons « accessible » pour notre cible de rĂ©fĂ©rence, câest-Ă -dire une valeur honnĂȘte pour un produit de haute qualitĂ©, rĂ©elle et perçue. Pour nous, un achat est avant tout la satisfaction dâune Ă©motion. Nous sommes donc tournĂ©s vers le client, en essayant avant tout de lâĂ©mouvoir, tout en lui proposant une chaussure hautement fonctionnelle et de qualitĂ©.
Vous avez citĂ© la qualitĂ© aprĂšs avoir parlĂ© des Ă©motions. Mais alors, quâest-ce qui compte le plus pour Linea Marche ?
La qualitĂ© est, et restera fondamentale. Câest un Ă©lĂ©ment indispensable, qui paie toujours avec le temps. La responsabilitĂ© de nos ouvriers, vĂ©ritables artisans-maĂźtres de la chaussure, est la meilleure garantie dâun niveau de qualitĂ© Ă©levĂ©. Toutefois, une chaussure bien faite mais sans Ă©motion ne suscitera rien chez lâacheteur potentiel. Et en mĂȘme temps, des chaussures belles et chargĂ©es de contenu Ă©motionnel doivent aussi ĂȘtre faciles Ă mettre et Ă porter. Si ce nâest pas le cas, la chaussure nâa aucune valeur.
Entendez-vous par lĂ que les designers vont parfois trop loin, cherchant plus Ă Ă©tonner quâĂ concevoir des chaussures « portables » ?
Si vous me passez le paradoxe, je rĂ©pondrais en disant que les designers peuvent causer la perte des entreprises, mais que sans eux, lâentreprise court Ă sa perte. En dâautres mots : la collaboration est indispensable, mais le dernier mot sur les collections revient Ă celui possĂšde et rĂ©invente en permanence lâĂąme de la marque, câest-Ă -dire le chef de marque. Câest pour cette raison que nous prĂ©fĂ©rons faire appel Ă des designers extĂ©rieurs, qui sont prĂȘts Ă partager le risque avec nous. Sans oublier que notre entreprise emploie des professionnels qui ont beaucoup de sensibilitĂ©, de goĂ»t et de connaissances techniques pour dĂ©velopper les collections. Le fait que la moyenne dâĂąge de notre secteur « crĂ©ation » dĂ©passe Ă peine les 30 ans est, selon moi, lâun des aspects les plus enthousiasmants.
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