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LES NOISETTES ITALIENNES, UN PRODUIT DE NICHE, MAIS DE QUALITÉ
L’Italie est le deuxième producteur de noisettes au monde après la Turquie qui couvre environ les sept dixièmes de la demande globale. En 2007, 69 % de la production mondiale a été assurée par la Turquie, et 20 % par l'Union européenne. Dans le cadre de l’UE, l’Italie couvre à elle seule 81 % de la production et contribue à 14 % de l’offre mondiale. Les dynamiques de production des deux plus grands producteurs semblent cependant être orientées vers des voies divergentes. Si les prix des noisettes turques ont augmenté de 2 600 dollars par tonne en l’espace d’un an, en Italie, ils ont perdu (de septembre 2007 à février 2008, dernière date disponible) 2 %, passant de 4,80 à 4,70 euros par kilo. Et en l’espace des douze derniers mois (février 2007 à février 2008), les noisettes turques ont été appréciées à plus de 50 % et les noisettes italiennes à seulement 15-17 %.
Pour la prochaine campagne, on estime, une bonne récolte à l’échelle globale, supérieure de 20-25 % par rapport à celle de 2007. Sauf événements climatiques particuliers, la Turquie estime à environ 800 000 à 850 000 tonnes de noisettes en coquille alors que l’Italie prévoit une récolte d’environ 110 000 tonnes, suivie de l’Espagne avec 30 000 tonnes et de la France avec environ 5 000 tonnes. La force de ces chiffres décrit un scénario qui n’est pas facile pour la noisette « made in Italy », même si elle se confirme sur les marchés internationaux pour sa valeur qualitative élevée : la concurrence turque du point de vue des prix et des quantités met en péril les exportations italiennes. De plus, l’appréhension croît dans les territoires qui abritent traditionnellement les cultures les plus étendues, à savoir Cuneo, Viterbe et Avellino : trois régions qui, à elles seules, contribuent à 65 % de la production italienne de noisettes.
Nord, centre et Sud : les trois zones italiennes de la noisette se répartissent de façon égale sur l’ensemble du territoire italien. La province la plus au Nord, celle de Cuneo, détient le record au Piémont de la superficie destinée aux coudraies comme culture principale : avec ses 7 000 hectares environ, elle couvre presque 89,5 % des zones réservées à la culture de la noisette et fournit presque 85 % de la production régionale. Au Piémont, la culture de la noisette « ronde des collines des Langhe » peut se targuer depuis 1993 de la marque « IGP » (Indication géographique protégée). Avec environ 100 000 quintaux, la production piémontaise équivaut à environ 8-9 % de la production italienne totale.
La noisette méridionale de Giffoni a elle aussi obtenu la reconnaissance de l’IGP. Cependant, les producteurs de la Campanie, concentrés dans la province d’Avellino, présentent des signes plus alarmants : en 2008, la production de cette région a considérablement baissé (d’environ 50 à 55 % par rapport à la récolte 2007) à cause de facteurs climatiques et parasitaires, mais aussi de l’interdiction d’utiliser certains produits phytosanitaires pour le traitement des coudraies. Pourtant, la noisette de Giffoni présente des caractéristiques organoleptiques peu communes : elle peut en particulier être grillée, décortiquée et calibrée, et c’est justement grâce à ces « qualités » supérieures qu’elle trouve une grande application dans l’industrie de la confiserie, pour la production de gâteaux et de fruits secs, mais aussi comme matière première pour les spécialités de pâtisserie de grande consommation.
La noisette produite dans le centre de l’Italie, dans le Latium, est elle aussi sur le point d’obtenir la dénomination contrôlée (la DOP, dénomination d’origine protégée). Au plan régional, la province de Viterbe est le territoire d’élection de la « noisette romaine » : sur 60 communes du Viterbois, la moitié est concernée par cette culture. Dans les 15 centres, c’est même la principale activité économique. En 2007, la province de Viterbe a produit 480 000 quintaux de noisettes, se plaçant au premier rang en Italie, malgré une baisse de 11 % par rapport à l’année 2006. Les 9 000 entreprises du territoire qui interviennent dans ce secteur emploient environ 15 000 ouvriers agricoles. Ces chiffres sont suffisants pour mesurer les conséquences de la crise des prix de la noisette sur l’économie viterboise : au cours de l’année 2007, les producteurs ont subi une baisse des prix entre 5 et 11 %, selon les centres.
Toutefois, dans un scénario difficile, il existe des signaux qui incitent à l’optimisme : dans le Piémont, dans certaines zones du Monferrato casalais en particulier, la noisette accompagne et remplace progressivement les cultures viticoles traditionnelles. La superficie des coudraies gérées professionnellement a été multipliée par deux en moins de dix ans. Dans la province d’Alessandria, ce sont maintenant 800 à 1 000 hectares qui sont maintenant cultivés. Cette année, 50 autres hectares devraient être ajoutés. Ces chiffres sont encore loin de ceux de la région de Cuneo, mais la tendance est marquée : on estime qu’aujourd’hui, environ 160 entreprises productrices de noisettes sont associées dans la province.
La tendance intéressante, c’est que la demande de l’industrie de la confiserie stimule principalement le phénomène piémontais. À commencer par la société Ferrero, qui serait intéressée par les nouvelles cultures car elle peut offrir des solutions d’approvisionnement majeures ainsi qu’une qualité de produit élevée. Citons également la société Elah-Dufour qui contrôle également la marque Novi et qui a même annoncé au cours des derniers mois son intention de s’approvisionner à l’avenir chez les producteurs locaux. Ces deux aspects viennent confirmer que la protection du produit et les investissements réalisés dans les cultures de variétés de noisettes à haute qualité peuvent offrir un avenir aux producteurs. Et ce, malgré la concurrence turque agressive, qui fonde pourtant une grande partie de son avantage compétitif sur le seul facteur du prix.
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